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Patrick Gaillardin

Pour faire face à la ruine du modèle économique japonais, Junichiro Koizumi -premier ministre- réforme les secteurs subventionnés. Taiheiyo Coal Mining Co, la dernière mine de charbon de l'archipel ferme en 2002. Deux heures moins le quart. Un long couloir baigné d'une lumière d'hiver qui commence à décliner. Rythmés par le claquement des plaques de métal fixées sur le dessus de leurs bottes, les mineurs sortent un par un des vestiaires. Dans un uniforme poussiéreux, la gamelle dans le sac à dos, ils s'arrêtent devant les étagères et mettent au casque une des mille lampes bien rangées. Au premier étage, une trentaine de leurs camarades attend déjà le train qui les emmènera jusqu’à sept cents mètres en dessous du niveau de la mer. Dans la salle d'attente enfumée, ils téléphonent, préparent des documents, discutent ou se taisent. Taiheiyo Coal Mining Co est la mine de charbon de Kushiro, la dernière du Japon. Elle se situe au nord du pays dans l'île d'Hokkaido. Autrefois, plus de 800 mines de charbon qui supportaient le développement économique nippon existaient partout dans l'archipel. Mais Taiheiyo subit le même destin que les autres, elle est obligée de fermer à la fin janvier 2002. 1000 des 1500 mineurs doivent quitter ce vieux secteur industriel, autre versant du pays de la haute technologie. Les autres poursuivront l'exploitation à rythme réduit sous la direction d'une nouvelle entreprise. Soudain une sonnerie les alerte. Tous s'approchent calmement de la porte d'accès aux quais. Un dirigeant crie "Iika?" ( toute la sécurité est vérifiée?), et les mineurs répondent en choeur "Yoshi" (D'accord) trois fois, l'index tendu devant eux. Une centaine de mineurs descend sur le quai. —————Pour continuer la lecture, séléctionnez le texte depuis le haut et tirez votre souris vers le bas de la fenêtre. Merci.——————— Ce quai qui ressemble à celui du métro parisien avec son plafond rond mais plongé dans l'ombre et sans publicité. La lumière des rampes de néons tremble sur le plafond. Un bruit approche, annonçant l'arrivée du train qui s'immobilisera bientôt devant eux. Ils montent dans ces wagons minuscules, dignes d'une fête foraine, après que l'équipe précédente est descendue. Le roulement des équipes achève, la dernière porte rabattue, le train glisse sur les rails et disparaît à nouveau dans le noir. Il atteindra le site d'exploitation 40 minutes plus tard. Ceux qui sortent du tunnel après un peu plus de 8h de travail, quittent rapidement leur uniforme et se plongent dans les onsen (thermes japonais) pour laver la suie de leurs visages et de leurs mains. Depuis 82 ans, la mine de Taiheiyo a développé économiquement la ville de Kushiro, et ses 190 000 habitants. Des écoles ont été bâties autour de la mine, des habitations, des commerces. Des magasins de produits de luxe (électroménager, automobiles) se sont implantés car les mineurs qui gagnent très bien leur vie sont de grands consommateurs. Même si le travail est ingrat et dangereux, les ouvriers ont toujours été attirés par les salaires élevés offerts par la mine: jusqu’à 7 millions de Yens (61 000 euros) par an, rémunération supérieure à celle proposée par les autres entreprises de la région. C'est la principale motivation des mineurs. Mais comment peut-on payer un mineur autant qu'un fonctionnaire de mairie ou un ingénieur en informatique? La politique gouvernementale répond à cette question. Depuis la deuxième guerre mondiale, le coût de la main-d’oeuvre japonaise s'est élevé ce qui a favorisé l'importation d'un charbon moins cher en provenance des pays voisins comme la Chine, le Viêt-Nam ou l'Indonésie. Face à cela, le gouvernement nippon a commencé, il y a 40 ans, a subventionné les entreprises minières nationales pour alléger leurs coûts de production. Malgré un très fort soutien financier, le prix du charbon japonais restait trois fois supérieur à celui de ses concurrents asiatiques. Le gouvernement a alors imposé aux centrales thermiques du pays (1ere industrie consommatrice de charbon) de "coopérer" avec les mines nationales en continuant d'acheter leur production. En dépit de ces mesures, les entreprises minières ont été obligées, une par une, de mettre la clef sous la porte. Si Taiheiyo a réussi à survivre jusqu'en 2002 c'est qu'elle a su améliorer sa productivité. Au fil des années, l'entreprise s'est modernisée, remplaçant une partie de la main-d’oeuvre par des haveuses allemandes et sécurisant l'exploitation par des systèmes de plafonds mobiles protégeant tant le matériel que les hommes. Officiellement, le gouvernement a maintenu son aide à ce vieux secteur industriel pour "préserver l'autonomie énergétique du pays". Mais 97% du charbon utilisé par les centrales thermiques, provient des pays voisins. Quel sens y a-t-il a préserver une industrie qui ne produit que 3% du charbon consomme sur le territoire? La vraie réponse est dans la volonté de préserver le tissu économique de la région. Que ce soit l'industrie du charbon, des banques ou du bâtiment, les aides de l'Etat ont été nécessaires à la reconstruction du pays après-guerre. Mais, aujourd'hui, avec l'ouverture des marches sous la pression des Américains, les Japonais font le triste constat que leur modèle économique n'est pas adapté à cette évolution Le Premier ministre Junichiro Koizumi tente de reformer ce système malgré les hésitations et les résistances particulièrement tenaces de ces vieux secteurs et de la bureaucratie qui tentent de conserver leurs "acquis". Le cas de la mine est symptomatique de la nécessité de refonte du secteur industriel nippon. Ainsi, la mine a décidé d'arrêter son activité au terme de la politique d'aide gouvernementale. À partir d'avril 2002, la mine ne recevra plus de subventions pour sa production ni pour financer les retraites à venir. Taiheiyo a donc préféré fermer maintenant pour que l'état participe au paiement des retraites actuelles soit 7000 millions de yens (71 millions d'euros), qui auraient été totalement à sa charge si elle avait voulu continuer l'exploitation. La fermeture causera de sérieux problèmes à toute la région. Si les mineurs ne sont que 1500, on estime qu'avec toutes les entreprises qui collaborent avec Taiheiyo, ce sont en tout 18000 personnes, familles incluses qui vont souffrir de la fermeture, soit 10% de la population de Kushiro. C'est la raison pour laquelle la Mairie et la Chambre de Commerce de la ville ont décidé de créer une nouvelle entreprise, Kushiro Coal Mine (KCL), pour reprendre la production de charbon a partir d'avril 2002, en diminuant l'exploitation de deux tiers ( 700 000 tonnes) tout comme les effectifs (500 mineurs). La mine pourra profiter jusqu'en 2005 de l'obligation gouvernementale faite aux centrales électriques d'acheter le charbon nippon. De plus elle dispensera des stages de formation pour les entreprises minières des pays asiatiques émergeant. Ce programme consiste à faire venir des mineurs étrangers pour apprendre les technologies d'exploitation moderne telles qu'elles existent à Kushiro et à envoyer des ingénieurs japonais dans ces pays. Malheureusement ces contrats s'arrêtent en 2007. La dépression économique nippone n'épargne aucune région. Le chômage a atteint 5,5%, son taux le plus élevé depuis la deuxième Guerre Mondiale. L'offre d'emploi a Kushiro est de 0.45% et va tomber a 0,3% après la fermeture de la mine, avec au moins 1000 chômeurs en plus. La demande d'emploi sera 3 fois supérieure à l'offre. Comme les mineurs sont souvent peu qualifiés, ils auront de sérieuses difficultés à se recycler. Le gouvernement leur a donc accordé un "carnet noir". C'est une sorte d'indemnité chômage spécifique aux mineurs qui assure leur vie pendant 3 ans, quand elle ne dure qu'un an pour les autres corps de métier. La dépression économique que connaît le Japon depuis une dizaine d'années et les changements politiques qui en découlent sont très douloureux pour ses habitants et aucune région de l'archipel n'est épargnée. De toutes les nouvelles mesures drastiques qu'essaie de mettre en place le gouvernement de Koizumi, pour relever le pays, les Japonais attendent un nouveau "miracle économique". Mais quand? Texte: ©Teiichi Matsumoto. Journaliste au Hokkaido Shimbun.



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