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HOTELS MEUBLES


Guillaume Collanges

Hôtels Meublés : Si tu payes pas, tu t'en vas... Personne ne sait exactement combien d'hôtels meublés existent. Personne ne s'en inquiète vraiment. Ils se fondent dans la ville, ne se distinguent que par une plaque discrète : hôtel meublé - chambre au mois. Loin de l'image bohème et artistique, leur réalité est plus sordide : précarité, solitude, misère, insalubrité. Ce ne sont ni des foyers, ni des logements à loyers modérés. On paye sa chambre au prix fort. C'est toujours mieux qu'être à la rue. Même si la question demeure : Pourquoi ces gens n'arrivent-ils pas à obtenir de logement normal.


 

Guillaume Collanges / Argos / Picturetank COG0078608

Hôtels Meublés C’est le deuxième que je fais, le premier, je suis resté deux jours, à cause des cafards et des puces. Ici, on travaille pour s’acheter des pièges à cafard et des insecticides, j’en ai mis partout, sous le lit, sous l’évier, sous l’armoire... Je suis ici depuis le 7 juin, je vais bientôt partir, si mon dossier est accepté, j’aurais la réponse vendredi. J’ai fait de l’intérim et, au bout de mille heures de travail, on a le droit de faire une demande pour un logement social. J’ai été embauché au mois de juin, mais j’ai travaillé un an et demi en intérim dans cette boite avant. C’est une sale vie. En tant qu’intérimaire, on peut pas faire de demande de logement auprès des agences. Les HLM, ils m’ont dit que je pouvais remplir un dossier mais il fallait compter trois à quatre ans avant d’avoir un logement. Au début, j’ai voulu prendre une douche le matin, avant d’aller travailler, le bac était rempli de cafards, alors la douche, c’est le soir. La salle de douche, c’est une horreur. Si on n’a pas d’avis d’imposition, on ne trouve pas de logement. Moi le jour où je suis arrivé ici, on ne m’a rien demandé, pas de fiche de paye, on m’a juste demandé de la thune. Je suis conscient que si je reste ici, je suis foutu.

Paris, France - 01/01/2001

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Guillaume Collanges / Argos / Picturetank COG0078609

Hôtels Meublés Cela fait quatre ans que j’habite ici. Je préfère car je me déplace beaucoup. Je suis peintre décorateur, je travaille pour le Louvre, ou pour des musées, pour restaurer des oeuvres. C’est une commodité, quand je pars, je sais que le patron est là pour surveiller. La chambre me suffit, j’y est installé ma vie, on s’y habitue, on y est chez soi. Avant j’étais marié, je vivais en pavillon.

Paris, France - 01/01/2001

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Guillaume Collanges / Argos / Picturetank COG0078610

Hôtels Meublés Ca fait trois mois que je suis ici. Je suis pris en charge par une association, l’antenne d’Aguesseau à Boulogne. J’ai fait plein de bêtises avant. J’ai fait plusieurs foyers, il y avait trop de monde, j’aimais pas l’ambiance. Ici, il y a moins de pression. Quand il y a 50 jeunes , il y a 6 éducateurs. Pour venir ici, il faut faire des études, je suis en première année de BEP compta. Le diplôme, j’vais l’manger, j’vais l’avoir. Je fais pas de chichi pour aller à l’école. Les diplômes, c’est de la balle. J’ai envie de toucher du général, je compte aller jusqu’au bac. Quand tu bosses, t’as ta paye à la fin du mois, alors qu’en stage, tu fais des photocopies, des enveloppes ou répondre au téléphone. Mais, c’est un boulot de secrétaire, pas un boulot de compta.

Paris, France - 01/01/2001

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Guillaume Collanges / Argos / Picturetank COG0078611

Hôtels Meublés J’habite depuis 8 ans ici, mais je connais personne dans l’hôtel, juste bonjour, bonsoir... Je suis venu en France, à Rouen, le 1er Mars 1966. J’ai commencé par travailler deux ans au Havre, deux ans à Toulon puis huit ans à Marseille, mais en intérim. Je suis à Paris depuis le 27 juillet 1991. Je travaille comme manutentionnaire. J’ai une femme et une fille, je ne veux pas qu’elles viennent, ma mère est vieille, il faut bien qu’elles s’en occupent. En Afrique, c’est pas comme en France, la famille... Je dois payer l’éducation de ma fille, moi, je n’ai pas été à l’école, mon père était cultivateur en Casamance, il avait pas les moyens. Au Sénégal, je suis obligé de payer une école, dans la banlieue de Dakar, les écoles d’état sont pleines, et il faut connaître quelqu’un pour faire inscrire ses enfants. Je ne vois personne à Paris, seulement mes cousins en banlieue depuis peu de temps, ou mon frère à Rouen, quand je peux payer le billet de train.

Paris, France - 01/01/2001

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Guillaume Collanges / Argos / Picturetank COG0078612

Hôtels Meublés Je suis ici depuis le mois de janvier. Cela fait deux ans que je vis en hôtel meublé. Il y a eu un changement dans ma vie professionnelle et familiale. Je suis intérimaire dans la restauration. Mon problème, c’est mon âge, j’ai cinquante deux ans, ils veulent des jeunes, ils sont plus facilement exploitables. Moi, je connais toutes les ficelles du métier. La première parole d’un employeur, c’est : quel est votre âge. Cinquante deux ans...c’est fini. D’un poste de gestion, je me suis retrouvé à la base. J’avais vingt quatre employés, beaucoup de travail, seulement le dimanche comme jour de repos. Ma femme en eu marre, elle est partie. J’ai perdu mon boulot. Je picolais, les cachetons....tout ça les enfants... Ici, on paye trois mille francs par mois, mais on est bien. Des hôtels comme ça, c’est pas courant à Paris. Il y a des trucs pourris, avec des cafards. Ce qui me prive d’avoir plus grand, cela vient des propriétaires, on n’a pas assez de garanties, pas d’employeur stable. Si j’avais vécu comme un pauvre toute ma vie, je m’en foutrais, mais j’aime bien aller au ciné, au théâtre, les fleurs...

Paris, France - 01/01/2001

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Guillaume Collanges / Argos / Picturetank COG0078613

Hôtels Meublés Cela fait un an que je suis ici, avant, j’ai passé dix huit ans dans un autre hôtel, pas très loin. Je suis arrivé en 1963. Cela ne me plaît pas trop, ici, tu payes, tu restes, si tu payes pas, tu sors. Les murs sont sales, mais à qui je peux demander? Il y a quelque chose qui cloche. J’ai demandé un logement à la mairie, ils m’ont donné des papiers à remplir, mais comme je suis tout seul.. J’ai commencé à travailler en 1964, à 19 ans, dans un garage, à laver les voitures...On se démerde. Après, j’ai été malade, on m’a opéré. Ensuite, j’ai travaillé dans une blanchisserie, puis dans le bâtiment ... Comment je peux travailler maintenant, dans un resto, un petit boulot ? C’est difficile, tu trouves une annonce dans le journal, tu y vas et il y a plusieurs personnes devant la porte. Ils se bagarrent pour rentrer le premier. Ils choisissent les jeunes. C’est pas comme avant. Il reste un petit peu pour manger, pour vivre. Il y a des gens qui se traînent ici. Normalement, ils font travailler les jeunes, les autres après. L’Algérie, c’est comme la France, là bas, il y a des jeunes qui ont fait des études, mais ils trouvent rien. Demain, peut être, j’aurais pas assez pour m’acheter une baguette, pas même un morceau de pain. Je fais carême comme le ramadan. Je vole pas, je fais de mal à personne. J’en ai pas, j’en ai pas, c’est comme ça.

Paris, France - 01/01/2001

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Guillaume Collanges / Argos / Picturetank COG0078614

Hôtels Meublés Cela fait douze ans que je suis ici. Je suis diabétique depuis 1986. J’étais cuisinier. J’étais marié, j’avais des enfants, maintenant je suis ici. J’ai trouvé un appartement à 3800 mais je ne peux pas. Je touche 4000 francs par mois. Diabète, coeur, tension, j’ai un peu de tout. Le docteur m’a dit qu’il ne fallait pas se fatiguer dans les escaliers et j’habite au deuxième étage. Je suis resté douze jours à la salpetriêre. A 74 ans, je m’en fous un peu. Avec tous les médicaments, il y en qui m’endorment, qui me saoûlent... On a pas le choix. De toutes façons, c’est pas une vie. Faut jamais désespérer. L’autre jour, j’ai eu un malaise, je pouvais plus bouger, j’ai tapé dans la porte, heureusement, il y avait quelqu’un. Je suis d’origine algérienne, je suis arrivé en France en 1952, avant les événements, avant tout. Depuis 1986, je n’y suis pas retourné. Même si je retourne là bas, je connais personne, ceux de mon âge, ils sont tous partis.

Paris, France - 01/01/2001

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Guillaume Collanges / Argos / Picturetank COG0078615

Hôtels Meublés J’habite ici depuis quatre mois. Les petits frères des pauvres m’ont trouvé cette chambre. J’étais magasinier, rue Sedaine puis j’ai été licencié, la boite a fermé. Je cherche du travail mais c’est toujours la même réponse : trop vieux. J’ai eu soixante et un ans, j’ai pas encore assez de cotisations pour toucher ma retraite. Il faut attendre encore quatre ans. Je suis RMIste depuis novembre 1998. J’ai touché les assedic pendant deux ans. J’ai galéré. Faut avoir le moral, je l’entretiens. Je fais mon petit ménage et mes courses dans une épicerie sociale, c’est moins cher... Je paye deux mille cinq cent francs, la moitié est prise en charge par les petits frères. Mon père est dans un logement social de la ville de paris, mais je ne pouvais pas habiter avec lui, sinon il perdait son aide. Ici, tous les gens sont sympa, j’ai jamais de coups durs avec personne. Je garde le sourire.

Paris, Ile-de-France, France - 01/01/2001

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Guillaume Collanges / Argos / Picturetank COG0078616

Hôtels Meublés Cela fait huit ans que je suis ici, j’ai soixante six ans. J’ai travaillé dans la maçonnerie. Depuis six ans, je suis à la retraite. Avant, j’étais à Levallois, toujours en hôtel, je gagnais tout juste de quoi manger. Je touche trois mille et quelques et je paye mille huit cent quinze francs de loyer. Je suis tout seul, je connais plus personne. J’ai demandé une aide à la mairie, mais ils ont refusé, c’était il y a trois ans. C’est dur mais tant pis. C’est l’assistante sociale qui m’a indiqué l’hôtel. Avant, j’avais mille francs d’aide mais je n’ai plus que sept cents francs et je ne sais pas pourquoi. Je suis arrivé d’Italie en 1957, j’y suis retourné trois fois depuis. Ici, ça va, je trouverais pas moins cher.

Paris, France - 01/01/2001

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Guillaume Collanges / Argos / Picturetank COG0078617

Hôtels Meublés Cela fait deux mois que je suis ici. Avant, j’étais dans un hôtel à Belleville, pas meublé, pourri, je payais trois mille deux cents francs, le lit était déglingué, et pas de quoi se faire à manger. C’est trop cher, le prix des chambres. J’ai mis plusieurs mois avant d’en trouver une autre. Ici, on peut brancher sa télé, on est comme chez nous, l’eau est chaude et on peut cuisiner. J’étais à la DDASS jusqu’à vingt et un ans. Plus tard, j’ai retrouvé mon père et ma soeur, mais ça s’est mal passé. Ma soeur, je lui ai fait un cadeau pour son anniversaire, pour le mien, elle m’a foutu à la porte. Mon père n’a pas voulu me dire ou était ma mère, je voudrais la retrouver, savoir si elle est encore en vie. J’étais routier, mais j’ai dû arrêter à cause des yeux. J’ai fait de la prison, c’est vieux, ça fait dix ans. Après, j’ai travaillé en intérim, mais, retrouver un boulot avec un casier, c’est pas évident. J’ai le RMI et l’APL, je paye trois mille francs de loyer. Du moment qu’on a ça, c’est le principal, l’année dernière, j’ai passé sept mois dans la rue. Après, j’ai été aidé par les petits frères des pauvres.

Paris, France - 01/01/2001

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Guillaume Collanges / Argos / Picturetank COG0078618

Hôtels Meublés Cela fait trois ans que nous sommes ici. Quand je suis arrivé, il y avait juste un matelas posé sur des briques et une armoire. J’ai fait une demande de logement à la mairie, mais je ne gagne pas assez. On n’a pas le droit à l’APL, non plus, on est trop nombreux dans cette chambre. J’ai trois petites filles et un garçon, ils vont à l’école à côté. Ici, le loyer est de trois mille francs, on payait en liquide mais maintenant que le DAL est venu nous aider, on ne paye plus en attendant d’être relogé. Pour l’instant, je veux trouver un logement pour les enfants. Ici, il n’y a pas de chauffage, pas d’eau chaude et la propriétaire, elle rentre comme elle veut, elle dit, je suis chez moi ici, il n’y a pas de loi. La loi, c’est moi. Je cherche aussi du travail. A l’ANPE, quand je dis mon nom, il y a plus de boulot. J’ai la nationalité française, je suis né à Mayotte. Là bas, j’avais des problèmes avec ma famille, mes frères et soeurs sont tous allés à l’école. Pas moi.

Paris, France - 01/01/2001

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Guillaume Collanges / Argos / Picturetank COG0078619

Hôtels Meublés Je suis mariée, mais mon mari m’a mise à la porte. Parce que j’ai voulu me jeter par la fenêtre, me suicider. J’ai passé plusieurs mois en hôpital psychiatrique. Je suis prostituée, c’est mon mari qui m’a mise sur le trottoir. Je suis séropositive, j’ai arrêté mon traitement pendant quinze jours, mais il faut que je le reprenne. Je suis prise en charge à 100%. J’ai une fille de neuf ans, mais tant que j’aurais pas de logement, je pourrais pas la voir. Avant, je travaillais à la préfecture, j’étais fonctionnaire. J’étais toxicomane et j’ai fait une overdose dans les toilettes. Ils m’ont viré. Après, j’ai été gérante de magasin, j’ai même fait du téléphone rose. Y a des cas, je vous jure. Un jour, j’avais un type au téléphone, je le chauffais et j’ai entendu son gamin par derrière...arrête, papa, arrête....ça m’a traumatisé, j’ai arrêté. Moi aussi, j’ai subi des sévices sexuels quand j’était petite. Là, je cherche un travail de serveuse, après, il faut que je trouve un appartement.

Paris, France - 01/01/2001

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Guillaume Collanges / Argos / Picturetank COG0078620

Hôtels Meublés Je suis ici depuis un an. L’aide sociale à l’enfance m’a placé. Je suis en première électrotechnique à Bobigny. Il faut continuer à travailler, à l’école, l’essentiel, c’est de faire de son mieux. Avant, je vivais à Pantin, chez ma tante. C’est elle qui a ma garde, mais bon, c’était trop petit, c’est pour ça qu’on m’a trouvé une chambre. On a vécu dans un squat, puis dans un hôtel. Maintenant, elle vit dans un petit appartement. Ici ça va, c’est bien, y a des personnes qui viennent faire les chambres, la dame, en bas, elle est gentille. C’est tranquille, je peux rester jusqu’à 21 ans.

Paris, France - 01/01/2001

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Guillaume Collanges / Argos / Picturetank COG0078621

Hôtels Meublés Cela fait quatre mois que je suis ici. Avant j’étais dans un hôtel encore plus pourri. Les ressorts sortaient du lit, pas d’eau chaude...c’est dégueulasse de louer ça. Depuis que j’ai changé d’hôtel, je ne touche plus l’APL. La paperasserie, ça me tue, on est déjà dans la scoumoune, alors la lenteur administrative, en plus... Les Petits Frères ont téléphoné à la CAF, le dossier était complet, mais il dormait dans un coin... Tu finis par en avoir marre à force de courir à droite et à gauche, alors on se réfugie dans le tabac et l’alcool, je sais, c’est pas une solution... La rue, j’y suis déjà allé, ça aide pas, ni moralement, ni physiquement. Je suis tombé , je suis remonté... Ma vie est en dents de scie. J’ai commencé à travailler à treize ans, dans les champs. On n’a pas été élevé dans du coton. A dix-sept ans, j’ai fini mon apprentissage, je suis monté à Paris et j’ai travaillé vingt cinq ans en pâtisserie. Et c’était pas les trente cinq heures par semaine, plutôt cinquante ou soixante et un seul jour de repos. Après, j’ai divorcé, j’ai tenu un an et puis des problèmes de pognon...c’est là que j’ai chuté. J’ai passé trois ans dans la rue. Personne avec qui parler, aucun rapport humain, ça te fout en l’air. Moi, j’essaye de me remettre en route. Quand tu restes à rien faire, c’est pas bon. J’ai connu des mecs dans la rue qui avaient été ingénieur ou architecte. Ca arrive à tous. J’ai pas envie d’y retourner, surtout à mon âge.

Paris, France - 01/01/2001

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Guillaume Collanges / Argos / Picturetank COG0078622

Hôtels Meublés Je suis arrivé en 1996, ici, c’est la préfecture qui nous a amené. L’ancien hôtel devait être rénové. La mairie devait nous reloger. J’ai écrit un recommandé, le maire m’a reçu, j’ai déposé les dossiers et voilà, toujours rien. Votre dossier est en cours, j’ai un paquet de lettres comme ça. Ici, c’est pourri, pendant l’hiver, ils nous ont coupé le chauffage et l’eau chaude. On a mis des radiateurs électriques, mais les plombs sautaient régulièrement. A chaque fois qu’un type de la mairie venait pour vérifier nos plaintes, la propriétaire remettait le chauffage. Elle a un indicateur. Vous imaginez, le froid, surtout pour les enfants. Ici, il y a du plomb dans les peintures du couloir, on prend du courant quand on touche le frigo ou la gazinière. Depuis que le DAL est passé, un type de la préfecture est venu, il a dit que rien n’était aux normes, il savait pas pourquoi c’était toujours ouvert ici. Moi, je travaille, je ne demande pas la charité, je veux un logement. Ma femme travaille aussi, on peut payer un loyer, on gagne à peu près onze mille francs à deux. Ici, il n’y a pas de salle de bain, pas de douche, on se lave dans les toilettes, sur le palier. On dort dans le même lit avec les enfants. C’est pas une vie, on ne vit pas, on tient debout . En Afrique, on est solidaire, si quelqu’un a encore à manger, il t’invite. Il faut avoir du coeur, moi, j’envoie un peu d’argent à ma famille, ils vivent mieux. Il faut bien aider ceux qui sont dans la merde.

Paris, France - 01/01/2001

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Guillaume Collanges / Argos / Picturetank COG0078623

Hôtels Meublés Je suis ici depuis 8 mois. Je suis arrivé en France en 1997. Je faisais du commerce en Afrique. Je suis allé au Gabon, au Bénin, au Burkina, au Cameroun, au Nigéria ... Je quittais le Mali pour aller travailler là où on me le proposait. J’ai demandé un visa français pour venir chercher de la marchandise, mais j’ai eu un problème avec mon associé : il est parti avec l’argent. J’ai fait une demande de régularisation, mais ils me l’ont refusée. Ma femme m’a quand même rejoint. On est venu pour tenter notre chance. Sans papier, on ne peut pas travailler, mais on se démerde pour trouver des petits boulots, pour gagner un petit peu de pain. Je travaille dans le nettoyage, je fais des remplacements. Je paye 2500 francs de loyer. La mairie nous a accordé l’aide médicale gratuite pour la grossesse de ma femme et ils nous ont dit qu’ils nous relogeraient. Mais, si on n’a pas le choix, on ira dans un autre hôtel meublé.

Paris, France - 01/01/2001

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Guillaume Collanges / Argos / Picturetank COG0078624

Hôtels Meublés Je suis restée 27 mois dans cet hôtel, avec ma fille de cinq ans. Avant, je vivais en couple mais on s’est séparé. J’étais secouée après la dispute avec mon concubin. Les assistantes sociales m’ont placée en foyer. J’ai rencontré des gens sympas, je me suis dit que les gens en difficulté n’étaient pas forcément des voyous. Pendant un an, j’ai touché l’allocation parent isolé, ensuite le RMI. C’est vraiment une souffrance, avant, j’avais jamais demandé d’aide. Je suis venue en France pour faire un bilan de santé, à cause de mon diabète, et je suis restée. Au début, je voulais reprendre des études mais c’était trop cher. Alors, j’ai fait des petits boulots. En Algérie, j’étais professeur de français. En tant que femme, avoir un poste à responsabilité, être célibataire, habiter seule, c’était pas compatible. Les hommes qui venaient de la campagne n’avaient pas l’habitude d’avoir à faire à une femme. Les traditions sont longues à changer. J’ai des cousins en France, mais je trouvais cela dégradant de les recevoir dans mon hôtel, fréquenté par des travestis et des prostituées. Cela a été très dur, mais je n’ai pas donné de nouvelles, ma dignité en a pris un coup. Je parlais le français des livres, maintenant, j’ai beaucoup perdu, les problèmes, ça rend médiocre.

Paris, France - 01/01/2001

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Guillaume Collanges / Argos / Picturetank COG0078625

Hôtels Meublés Je suis sorti de prison depuis quatre mois. C’est une association qui a trouvé la chambre, ils ont payé le premier mois puis j’ai pris le relais. Je ne vais pas passer ma vie dans 10 m2, mais au moins, ici, y a pas de barreaux. J’ai ma clef sur moi. J’ai été légionnaire pendant cinq ans : tchad, liban, bangui, gao, niamey, mayotte... Quatre ans après la sortie de l’armée, je suis tombé pour meurtre. J’ai pris dix ans. En ce moment, je cherche un boulot de déménageur, mais les employeurs, dès qu’ils savent que vous avez fait de la taule, c’est pas évident. En interim, ils sont moins regardants, ils demandent pas de casier judiciaire. Parfois, je vais aux Restos du coeur ou dans un bar où le patron file à manger gratuitement. C’est chez la Mama, ils sont super sympa. Ici, il y a trop de bruit, je suis nerveux, je prends des neuroleptiques et des antidépresseurs. J’ai commencé en prison, il y a trois ans. C’est un traitement à vie. Je me suis converti au protestantisme en prison, tout seul, en lisant la bible. Je prie, trois fois par jour, pour la paix dans le monde. ça m’a aidé à supporter la détention.

Paris, France - 01/01/2001

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Guillaume Collanges / Argos / Picturetank COG0078626

Hôtels Meublés C’est une association, l’Estron, qui paye ma chambre pour un mois. Après, je ne sais pas où aller. Je suis toxico, ma femme est morte d’une overdose à 25 ans, on s’était marié. J’ai mis deux ans à m’en remettre, c’est grâce à elle que j’ai eu ma régularisation. C’est moi qui ai déconné, je suis toxico, je foutais rien, je travaillais pas... Je suis allé deux fois en prison, trois ans en tout. Vol et récidive légale, c’est comme ci vous n’aviez pas compris la première fois. En prison, tu trouves tout ce que tu veux; Subutex, Valium... Ils sont contents de te le donner, comme ça, tu restes tranquille. Je suis cariste, ma licence, je l’ai eue en prison. J’ai laissé mes références dans plusieurs boites d’interim, mais elle ne m’ont toujours pas appelé. Au Maroc, je décroche, à la dure, sans rien, mais dès que je reviens, je replonge. J’essaye de m’arrêter, mais aujourd’hui j’ai déconné. Je suis perdu, ce qui me faut, en premier, c’est du travail, ça m’occuperait un peu. L’entourage et la galère ça joue. J’en ai marre, j’ai trop donné. La drogue, c’est une fois qu’on l’a prise qu’on le regrette.

Paris, France - 01/01/2001

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Guillaume Collanges / Argos / Picturetank COG0078627

Hôtels Meublés Je suis ici depuis trois mois. J’ai 37 ans, j’ai loué un appartement jusqu’à 33 ans, depuis, je vis en meublé. Je suis analyste programmeur, je travaille à Paris, parfois, en province. Je changeais souvent de lieu de travail parce qu’il y avait beaucoup de demande avec l’euro et l’an 2000. Ici, le courrier est à mon nom, je ne précise pas le nom de l’hôtel parce que, pour les employeurs, vivre à l’hôtel, c’est pas stable. On est beaucoup plus libre qu’en location. Le ménage est fait une fois par semaine, on a la possibilité de se faire à manger, de recevoir des amis. Hormis la cuisine et la douche, je ne vois pas la différence avec un petit studio. Plus tard, je prendrais un appartement, pour mon gamin, c’est mieux. Dans les meublés, on trouve de tout, j’ai vu des parquets défoncés, des papiers décollés, des lits pourris... Le quartier est agréable, cosmopolite et les gens vivent très bien ensemble, tout le monde se respecte.

Paris, France - 01/01/2001

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Guillaume Collanges / Argos / Picturetank COG0078628

Hôtels Meublés Cela fait dix ans que je suis ici, et mon fils onze. J’ai 75 ans. Je voudrais bien trouver quelque chose. A l’époque, j’ai essayé de demander un logement à la mairie, mais il y avait des queues interminables, j’ai pas insisté. Avant, je vivais dans un quatre pièces avec mon mari, jusqu’à 55 ans. Mes enfants sont restés, je ne faisais plus la loi chez moi. Ensuite, j’ai vécu cinq ans chez ma soeur et j’ai atterri ici. J’ai été souffrante dernièrement, l’assistante sociale m’a convoquée. Ils ont pris mes coordonnées, même un studio me suffirait. Mon fils est tout seul, il travaille dans le bâtiment. Toute la journée, je fais la navette entre sa chambre et la mienne. Je prends mes repas avec lui. Je fais son linge, je repasse, je m’occupe de l’entretien de sa chambre. Parfois, je vais me promener, jusqu’à République, je regarde les boutiques, je prends l’air. En vacances, on part ensemble, sa petite, c’est moi qui l’ai élevée. Elle est débrouillarde. Maintenant, elle a un petit studio et du travail. Je ne comptais pas rester toujours là, mais les années s’écoulent et on reste. J’ai toujours été très solide, mais maintenant, ça commence à décliner. J’ai fait une carrière de vendeuse aux Galeries Lafayette. Je suis parisienne, à la campagne, je m’embête, je suis trop habituée à la vie trépidante de Paris. Je mène une vie triste sans rien, tous les jours, c’est la même chose.

Paris, France - 01/01/2001

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