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Quand viendra la lumière


Eric Garault

Les images qui suivent se divisent en deux parties : Des portraits de ruraux (1) qui attendent l’arrivée de l’électricité, et d’autre part des portraits d’habitants des favelas (2) qui ont un rapport parfois surprenant à l’énergie électrique, dont ils s’accommodent plus ou moins bien ! L’assemblage en diptyque permet de relier portraits et aménagements d’intérieur. Au-delà des images, ce travail raconte des histoires de vies et de dignité de familles défavorisées qui ont ou vont, enfin avoir accès à ce bien primordial. De la campagne à la ville, entre absence d’énergie et multiples accommodations dans la vie de plusieurs familles des favelas, une petite lumière éclaire la compréhension de ce que représente l’accès à ce bien primordial. Toutes les images ont été réalisées au cours d’un premier voyage entre juin et août 2004 et d’un second en juin et juillet 2005 dans l’Etat de Rio de Janeiro. C’est l’un des Etats les plus petits du Brésil, mais dans lequel existent d’importantes disparités sociales. Par ailleurs, l’idée n’était pas de faire du misérabilisme (le nord du pays est beaucoup plus pauvre), mais de saisir l’espoir et la dignité qui émane de ces populations. Le programme « Luz para todos » (Lumière pour tous), mis en place par le gouvernement actuel du Président Lula a pour but de promouvoir le droit fondamental d’accès de tous à une énergie indispensable. Ainsi entre fin 2004 et fin 2008 chaque habitation rurale devrait recevoir un équipement minimum gratuit pour accéder à l’électricité. Dans ce grand pays émergent, 11e à 14e (selon les sources) puissance économique mondiale (PIB en dollars), et 65e sur l’échelle de l’indicateur de développement humain (IDH), les actions de développement pour un accès universel à l’électricité sont très importantes. Aujourd’hui, douze millions de brésiliens vivent sans électricité. Dans le contexte économique mondial, l’énergie est de plus en plus considérée comme une marchandise, plutôt qu’un droit. Selon le Ministère des Mines et de l’Energie brésilien, 90% des familles qui n’ont pas accès aux réseaux d’énergie ont des revenus inférieurs à 780 reais, soit 216 € par mois. Ainsi, « Luz para todos » peut être considéré comme un déclencheur de développement économique et social. De plus, il est impossible de savoir combien d’habitants des favelas (les quartiers pauvres), se voient contraints, faute de moyens, de se procurer leur énergie de manière clandestine. En effet, selon, l’ILUMINA (Institut de Développement Stratégique du Secteur Electrique) le tarif de l’électricité au Brésil est le 5e plus cher au monde. La population réagit à ces prix inabordables en diminuant sa consommation, en ne payant pas les factures et même en volant de l’électricité. Dans les quartiers à bas revenus de Rio de Janeiro, la compagnie Light (filiale d’EDF) estime que 60% de la consommation totale d’électricité fait l’objet de fraudes ou ne sont pas payés. Ce chiffre semble important, mais il ne représente que 20% des pertes totales de la ville constatée par Light. En effet, 80 % des fraudes viennent de ceux qui peuvent payer leur consommation, c’est-à-dire : Les motels, salles de spectacle, supermarchés, usines de glaçons, voir même des riches résidences de Barra da Tijuca, l’un des quartiers dont la concentration des richesses est la plus élevée de la ville. ANNEXES Itinéraire: . Serra Queimada est une ancienne exploitation agricole qui a été vendue à 142 familles, fin 2001, par l’intermédiaire de la Banque de la Terre. Cette dernière a été créée en 1998, par la loi constitutionnelle, pour financer directement des travailleurs ruraux et leur permettre l’acquisition d’un lopin de terre. Il s’agit d’une mesure des pouvoirs publics qui par le biais des crédits fonciers vise à améliorer la redistribution des terres pour consolider les propriétés familiales. Les agriculteurs bénéficient d’un crédit de 20 ans avec une carence de 3 ans. Les trois premières années, ils s’installent petit à petit, construisent leur maison et commencent à travailler la terre sans payer leur dette. Les habitants de Serra Queimada que j’ai rencontrés possèdent leur propriété depuis environ deux ans et demi. Ils ont créé des associations et des coopératives pour faciliter la vente de leurs productions et l’obtention de subventions. Pour beaucoup d’entre eux, c’est la première fois qu’ils ont accès à la propriété, puisque avant ils travaillaient pour d’autres exploitations. Aujourd’hui ils cultivent des légumes qu’ils vendent aux marchés de Rio de Janeiro. Ils travaillent d’autant plus durement qu’ils devront commencer à payer leur crédit dans peu de temps, mais leur condition n’est pas évidente car ils n’ont pas l’électricité. C’est pourquoi ils attendent avec impatience l’arrivée de celle-ci qui devrait améliorer leurs méthodes de travail, les rendements et bien sûr leur condition de vie. . Furquilha est une vallée dans la campagne de Paraty. Cette ville historique, au bord de mer, localisée entre Rio de Janeiro et Sao Paulo, est un paradis touristique. Dans ces montagnes habitent un grand nombre de familles. La plupart sont des travailleurs agricoles, d’autres des gardiens de maisons de campagne dont le nombre ne cesse d’augmenter. Les premiers ont souvent un petit terrain où ils cultivaient des bananes et fabriquaient de la farine de manioc. Aujourd’hui avec la chute du prix de ces produits, ils se sont vus obligés de travailler pour d’autres propriétaires ou chercher du travail dans le tourisme. Pour la plupart des familles de cette région, l’électricité est un luxe dont ils rêvent. Il n’y a pas de poteaux électriques à proximité et y remédier coûte très cher. Pour l’éclairage, ils sont contraints d’utiliser des bougies et des lampes à kérosène ou à gaz. « Luz para todos » donnera à ces gens, l’accès à l’électricité qui les fera bondir du 19è au 21è siècle. . Le regroupement de Sans Terre "Terra Nostra" existe depuis 7 ans. Il est constitué de familles de paysans qui cherchent à obtenir une parcelle de terre par le biais de la réforme agraire. Ils sont actuellement 129 familles. Le campement est itinérant. Ils sont déjà passés par différents lieux. Ce site de Casimiro de Abreu a été saisi par la Banque du Brésil pour couvrir les dettes de son ancien propriétaire. Sachant qu’il s’agit d’un terrain réservé à la réforme agraire, ils sont arrivés un soir d’août 2004 et ont occupé les lieux en construisant leurs baraques, en creusant des puits pour avoir de l’eau et ont fabriqué des fourneaux en terre pour cuisiner. La vie au camp est très organisée. Ils sont divisés en groupes de travail; certains essayent de trouver de petits boulots dans les villes d’alentour, mais la plupart, aident à la maintenance du camp. Ils souffrent beaucoup d’hostilité de la part des propriétaires voisins qui craignent une invasion sur leurs terres. Ce groupement de Sans Terre est soutenu par la FETAG - Fédération des Travailleurs Agricoles. Ils ont déposé une demande à l’INCRA (Institut National de Colonisation et Reforme Agraire) pour que le processus de réforme agraire ait lieu et qu'ils puissent obtenir cette terre. Ils se sont installés provisoirement, mais espèrent que la réforme pérennisera leurs efforts et qu’ils pourront définitivement jouir de cette terre. .Le "Complexe Maré" est le plus grand complexe de favelas de Rio de Janeiro et un des sites populaires les plus connus du pays. Il comprend 16 favelas qui se situent aux environs de la Baie de Guanabara, sur l’Avenue Brésil, l’axe principal d’accès à la ville. 130 000 personnes y habitent. Le Complexe Maré a toujours été très connu sa très grande précarité. Le nombre des factures d’électricité impayées est grand. Le vol d’énergie est également pratiqué par le biais des liaisons clandestines connues de la population comme le « gato » (le chat qui est si agile et rapide pour voler). Dans certaines favelas, comme Marcilio Dias, rares sont les maisons qui comptent un compteur. Le piratage d’électricité est la norme. . Borgauto ou comme préfèrent dire leurs habitants "Résidence Palace 2", était un ancien magasin de pièces automobiles qui a fait faillite en 1998. L'espace a d'abord été occupé par la famille de l'ancien gardien. Puis, d'autres familles se sont installées. Aujourd'hui, environ 400 familles occupent l'espace de 5520 mètres carrés. L'occupation du local est illégale, et les familles luttent en justice pour avoir le droit d'y habiter. L'électricité et l'eau arrivent par des installations clandestines. Très organisés, les habitants comptent avec un système de gardiens qui contrôlent l'entrée des étrangers. . Rocinha, la plus célèbre des favelas de Rio. Elle a été la plus grande favela d’Amérique Latine, jusqu’à son émancipation en quartier en 1992. Elle se situe dans la zone sud, aux côtés des quartiers très aisés comme Sao Conrado et Gavea. Sa population est d’environ 250 000 habitants. Il s’agit d’un vrai labyrinthe, doté d’étroites ruelles et de passages. Tout est immense et confus. La croissance désordonnée du quartier impressionne car les maisons se chevauchent. Les prix sont de plus en plus chers par manque de place pour les nouvelles constructions ainsi les familles se débrouillent comme elles peuvent en construisant des étages sur les maisons de base. Campinho da Independência , est une communauté noire située à quelques kilomètres de Paraty. Ces habitants, les quilombolas, sont les descendants d’esclaves africains. 80 familles vivent à Campinho. Certaines ont de l’électricité, d’autres non. Le début du site est aux bords de la route. Ainsi, les premières maisons sont équipées de compteurs, qu’elles partagent avec celles qui sont plus en arrière du terrain. De petits poteaux réalisés avec des branches d’arbres soutiennent quelques fils électriques qui acheminent le courant lorsque c’est possible aux plus reculées. Le gaspillage dû aux pertes en lignes et le peu de capacité entraîne souvent des coupures. La communauté quilombola est assez parcellée, certains vivent de leur production agricole, d’autres de l’artisanat, ou de travaux de bâtiments. Formosia est une communauté rurale située entre les villes de Italva et Cambuci dans l’état de Rio de Janeiro. Une centaine de familles y habitent. Toutes pratiquent l’agriculture, essentiellement le lait et la tomate. L’électricité est presque présente dans tous les foyers. Les installations des poteaux et des compteurs ont eu lieu, il y a huit ans environ lors d’un ancien programme gouvernemental qui imposait aux compagnies d’équiper les foyers le désirant contre le paiement de l’installation. Ainsi les familles continuent de rembourser d’importants crédits qui s’ajoutent aux prix des factures.



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