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Portrait de Recouvrance


Florence Joubert

«SI J’Y SUIS, C’EST QUE J’Y RESTE !» Recouvrance est le quartier mythique de Brest. Bars de nuit mal famés, animés par les marins de passage, et les prostituées du coin..Port militaire, inaccessible, dont on observe les mouvements incessants de tous les endroits stratégiques. Mais c’est aussi le berceau de la ville, une des seules traces de ce que Brest pouvait être avant la guerre. Les rues Bordas, Armorique, Vauban, sont «des vieilles du quartier», leur relief prononcé n’ayant pas été ébranlé par la violence des bombardements. Bien sûr, seule une bande bleue tracée au sol évoque encore les anciens remparts disparus, et des bâtiments modernes se mettent à foisonner au milieu des vieilles pierres de taille, ce qui donne à Recouvrance un visage complexe, tout en contrastes, entre vieux et neuf, militaire et civil, campagnard et citadin... Suite à une commande de la Caisse des dépôts et Consignations, en 2002, je décide d’entamer un travail sur cet endroit. Pour eux, c’est l’occasion d’obtenir un témoignage photographique, un état des lieux, sur un quartier en plein changement, puisqu’un vaste projet de renouvellement urbain, auxquels ils participent, est en cours d’étude. Pour moi, c’est peut-être un moyen de redécouvrir cette ville, dans laquelle je suis née, où j’ai vécu 18 ans. Recouvrance, j’y suis passée, beaucoup, mais jamais arrêtée. Je savais vaguement qu’une partie de mes origines y étaient ancrées, mais rien de plus. En sillonnant les rues de cet endroit, au fil des rencontres, je me suis réconciliée, l’air de rien, avec ce pays extrême, et cet esprit bien particulier. J’avais, d’autre part, une contrainte qui était d’obtenir l’autorisation écrite de chacune de ces personnes. C’était un problème, jusqu’à ce que je m’en serve pour définir la forme de ce travail. Puisqu’ils acceptaient d’être là, autant qu’ils le montrent, qu’ils l’affirment fièrement, et qu’ils soient acteurs dans l’image. Leur simple présence, droite, posée était leur témoignage pour ce quartier. La prise de vue est alors devenue un jeu de mises en scène, chaque fois délimitées par un cadre précis, qu’était ce décor étonnant dont est fait Recouvrance. Parfois pour quelques minutes ou plusieurs heures, ces habitants se sont gaiement prêtés à ce jeu, exprimant fièrement leur appartenance de près, ou de loin à ce quartier. Et c’est Jeannette, rencontrée au Café de la Pointe, qui, au milieu d’une discussion engagée sur ce sujet, marquera cette expérience par une affirmation désarmante mais qui résume tout : «Moi, Recouvrance, Si j’y suis c’est qu’j’y reste!»



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