«J'ai oublié la mer, je ne sais plus à quoi elle ressemble» avoue Balmanova, 46 ans. Depuis sa disparition du port d'Aralsk dans les années 1975, la mer d'Aral a reculé de 90 km. L'ancien port de pêche du Kazakhstan, autrefois si prospère, n'est plus qu'une ville fantôme de 32 000 âmes. Lente agonie. Les habitants se sont habitués à vivre dans l'absurdité d'un port sans mer. Pour eux, «le grand miroir bleu» n'est plus qu'un vague souvenir. Alors, pour redonner espoir, l'Association Aral Tenizi organise une sortie à la mer avec les ouvrières de l'ancienne usine de poissons, Aralrybprom. Aujourd'hui, une trentaine de femmes, toutes générations confondues, vont «voir» la mer d'Aral pour la première fois ou la retrouver trente ans après. Plus de trois heures de route à bord d'un bus brinquebalant et dans une ambiance de fête. A peine arrivées, les femmes se jettent à l'eau dans les cris de joie et les éclaboussements. L'eau mi-cuisse, Mateshova, une robuste babouchka de 67 ans, a les larmes aux yeux : «Je la reconnais, c'est bien ma mer ! Elle est tiède, un peu boueuse à cause du vent. J’ai envie de pleurer et en même temps je suis heureuse.» Balmanova s'excuse d’être en sous-vêtement: «je voulais sentir la mer aussi vite que possible.» La baignade ne dure pas longtemps et toutes se retrouvent autour d'un pique-nique avec l'incontournable samovar. Les anciennes racontent des légendes et des histoires. Cette mer oubliée, qui n'existe plus dans la conscience collective des habitants d'Aralsk, est en train de renaître. Grâce à l’aide de la Société Danoise pour une mer vivante, la pêche artisanale a repris, relançant ainsi une activité économique locale. Une nouvelle usine de poissons vient même d'ouvrir l'année dernière. Mais surtout, l'eau sera bientôt de retour. Un barrage, financé par la Banque mondiale, devrait sauver la partie Nord de la mer d'Aral. La fin des travaux est prévue pour 2006. Ces explications, Koulmariam, 46 ans, responsable qualité-poisson de l'usine, n'en a que faire. Elle ne croit que ce qu'elle voit : «Maintenant que j'ai vu la mer de mes propres yeux, je suis sûre qu'elle va revenir. De toute façon, une légende dit que la mer se retire tous les mille ans puis qu'elle revient. Je l'attends». Texte : Bérénice Debras – 33 6 16 47 10 58 – bereniced@wanadoo.fr
L'ambiance est à son comble dans le bus entre le port d'Aralsk et la mer d'Aral. Mateshova, 67 ans, (en gilet vert), rit de tout coeur au milieu des chants.
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Dans le bus en direction de la Mer d'Aral.
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Le bus ne peut s'avancer plus loin avec tout le chargement. Le chauffeur craint de s'enliser. Les femmes sont descendues. Tous leurs regards se portent vers la mer d'Aral, autrefois appelée le « grand miroir bleu ».
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Il faut marcher longtemps dans la mer d'Aral pour perdre pied tant son niveau a baissé.
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Les femmes se lancent dans l'eau, en sous-vêtements. Rares sont celles qui ont encore un maillot de bain. A quoi bon? La mer est à 90 km du port d'Aralsk.
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Les femmes se lancent dans l'eau, en sous-vêtements. Rares sont celles qui ont encore un maillot de bain. A quoi bon? La mer est à 90 km du port d'Aralsk.
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Maral, 37 ans, fait cuire les pommes de terre et fait chauffer l'eau du samovar pour le thé. Un pique-nique très organisé qui rappelle peut-être que les Kazakhs étaient des nomades avant d'être sédentarisés par les Soviétiques.
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On trinque avec du thé à la mer d'Aral et à son retour lors de ce pique-nique inhabituel. Tradition Kazakhe, les toiles cirés sont recouvertes de nourriture, de pain et de petits gâteaux.
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Le vent a chassé les baigneuses de tout âge. Elles se réchauffent dans leurs serviettes de bain.
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Balmanova, 46 ans, secoue la nappe du pique-nique pleine de miettes dans la mer d'Aral.
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Le bus ne contient pas assez de places alors on s'y entasse comme on peut.
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Un nouveau lot de poissons vient d'arriver. Koulmariam, 46 ans, responsable qualité du poisson dans la nouvelle conserverie d'Aralsk, vérifie la fraicheur du poisson en le sentant.
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Grâce à la Société Danoise pour une mer vivante, l'association Aral Tenizi a fait l'acquisition d'une ancienne boulangerie industrielle qu'elle a transformé en usine de poissons. Bajan, 37 ans, entasse les poissons frais dans la chambre froide après les avoir soigneusement nettoyés.
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Bajan, 37 ans,stocke les poissons dans la chambre froide de la nouvelle usine d'Aralsk après les avoir nettoyés.
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Au centre, Bajan, 37 ans, inspecte la qualité du poisson qui vient d'arriver dans la nouvelle usine d'Aralsk.
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Koulmariam, 46 ans, responsable qualité du poisson dans la nouvelle conserverie d'Aralsk, pose dans l'ancienne usine de poissons Aralrybprom, fermée officiellement en 2000. Plusieurs bâtiments de l'usine ont été « donnés » aux employés pour les dédommager de longs mois d'impayés. Il ne reste plus qu'un seul bâtiment de l'usine qui tombe en ruines.
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La mer d'Aral: séchage de poissons
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Deux pêcheurs de Tastoubek quittent le village pour aller poser les filets. La mer s'est retirée à plusieurs kilomètres du village et la moto est le moyen le plus pratique pour parcourir la piste qui mène au rivage.
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Les pêcheurs s'apprêtent à poser les filets pour la pêche au kambala (sorte de turbot).
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Quelques heures après la pose des filets les pêcheurs ramènent leur prise.
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A Aralsk où elles vivent, Bajan, 37 ans, et sa fille, vont quotidiennement puiser de l'eau dans la rue. Un grand réservoir approvisionne la ville mais les canalisations ne relient pas les maisons.
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A Aralsk, il n'y a pas d'eau courante. Les habitants viennent puiser l'eau dans la rue.
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Les mariés d'Aralsk ont coutume de se faire photographier devant les anciens bateaux de pêche en cale sèche dans le port de la ville.
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L'assèchement de la mer d'Aral a laissé peu à peu la place à des paysages lunaires et désertiques.
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Deux petites filles en bordure de la route principale d'Aralsk
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Le port d'Aralsk a fêté ses 100 ans il y peu. A cette occasion, la ville a posé quelques panneaux de couleurs et a repeint quatre bateaux. Ambiance surréaliste assurée.
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A 50 km d'Aralsk, la route qui mène à la mer passe devant le cimetière de bateaux. Aujourd'hui, ces navires ne font plus qu'abriter du soleil les chameaux et les vaches.
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