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La route d'Aral, Ouzbekistan


Florence Lebert

Depuis Tashkent, la route qui conduit à la mer d'Aral parcourt un segment de la très longue Route de la soie. Mais ici l'Orient garde encore l'accent soviétique et les grandes mosquées aux coupoles de turquoise restent désespérément muettes et désertes sous la torpeur de l'été. Curieuse emprunte que celle de l'Union Soviétique qui durant de longues années s'est attachée à faire de l'Ouzbekistan et de ses trésors une sorte de vaste musée en plein air allant jusqu'à exclure les populations locales des centres historiques pour les donner en pâture au tourisme. C'est ainsi que les remparts de Khiva renferment une cité médiévale et désolée, véritable décor de carte postale animé par quelques vendeurs de souvenirs. Mais tout près de là, se dressent encore au milieu de nulle part de vastes hôtels gouvernementaux attendant des clients improbables, et des musées poussiéreux que l'on ne visite plus. L'Ouzbekistan sommeille à travers ses rues désertes et bien balayées, ses coupoles impeccables mais aussi derrière ses champs de coton dont elle ne sait que faire et qui s'étendent à perte de vue jusqu'au désert. Au-delà des marchés animés, des femmes habillées d'étoffes multicolores, des hommes qui jouent aux dominos en buvant du thé, l'Ouzbekistan semble flotter sur ses propres vestiges et ceux de l'ex-empire soviétique. Aral en est le point le plus obscur, et ses bateaux échoués au milieu du désert, abandonnés par l'assèchement de la mer sont la sinistre métaphore d’un pays qui tente difficilement de se reconstruire et de retrouver son identité.



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